Les différentes conceptions théoriques de l’intérêt (Fenouillet & Heutte, 2013)

vendredi 1er janvier 2016
par  Jean Heutte
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L’intérêt est intégré dans différents modèles motivationnels plus généraux (Deci & Ryan, 2002 ou Izard, 1991 par exemple) mais a également fait l’objet de théorisations plus spécifiques qui s’appuient sur des visions assez différentes. Ces théories peuvent être rattachées à l’influence de trois courants.
-  Historiquement, le premier est celui des « intérêts professionnels ». Les recherches dans ce domaine partent de l’idée qu’il existe une relation entre les intérêts déclarés pour certaines activités professionnelles et le métier que veut et que va effectivement exercer l’individu dans l’avenir.
-  Le second grand courant de recherche est celui de l’intérêt considéré sous l’angle du plaisir à pratiquer une activité lambda. Dans ce domaine, les travaux sur la motivation intrinsèque (Deci & Ryan, 2002) permettent de définir l’intérêt comme le fait de pratiquer une activité pour elle-même, indépendamment des effets séparables de cette pratique.
-  Un dernier axe se rattache au précédent tout en s’en distinguant. En effet, l’intérêt peut également être appréhendé comme une émotion.

Ainsi, l’intérêt peut être considéré comme étant une émotion « motivationnelle » (Fenouillet, 2012). Selon Hidi et Renninger (2006), l’intérêt est le résultat d’une interaction entre l’individu et une situation particulière. Les intérêts en tant que variable de motivation se réfèrent à l’état psychologique de s’engager ou à la prédisposition de se ré-engager sur certains types d’objets, d’événements ou d’idées au fil du temps : non seulement les intérêts se développent mais, en plus, ils ne sont pas forcément stables.

Pour Schiefele (1991), bien que le concept de motivation intrinsèque (Deci & Ryan, 2002) recoupe les principaux aspects du concept d’intérêt, il ne le recouvre pas complètement. En effet, les théories motivationnelles sont passées un peu trop vite sur le contenu de ce qui forge l’intérêt, notamment dans le cadre de l’apprentissage ou, plus spécifiquement, en ce qui concerne la lecture de texte. L’auteur propose six points essentiels qui ensemble permettent de voir l’implication générale du concept d’intérêt en termes de contenu.

  1. C’est un concept à contenu spécifique : il est toujours lié à une activité, à un sujet ou à une tâche spécifique.
  2. C’est une force qui dirige le comportement : elle peut expliquer pourquoi un individu, dans un domaine, s’efforce d’atteindre de hautes performances ou pourquoi un individu fait preuve d’une forte motivation intrinsèque.
  3. L’intérêt joue un rôle important comme facteur explicatif dans des conceptions subjectives de l’apprentissage chez les enseignants.
  4. L’intérêt consiste en une forte valeur attachée à un sujet ou à une activité. Il peut être de courte durée ou être permanent. Il peut également être général (impliquant de nombreuses activités) ou spécifique. L’intérêt n’est cependant pas un trait de personnalité.
  5. L’utilisation de facteurs cognitifs spécifiques, tels que les connaissances antérieures ou les stratégies d’apprentissage particulières, est augmentée par l’inclusion d’une motivation spécifique telle que peut l’être l’intérêt.
  6. L’intérêt sur un sujet spécifique est probablement davantage induit par l’influence de l’instruction que par une orientation motivationnelle générale.

Schiefele (1991 ; Hidi, 1990) distingue deux aspects essentiels dans l’étude de l’intérêt en termes de contenu. Le premier, appelé « intérêt individuel », correspond aux intérêts et préférences individuels et leurs impacts sur les performances cognitives. Le second, appelé « intérêt situationnel », est un état émotionnel activé au travers des caractéristiques de la situation. L’auteur s’est principalement focalisé sur la conceptualisation de l’intérêt individuel. L’intérêt personnel est vu comme accusant un développement lent au travers du temps mais ayant des effets à long terme sur les connaissances et les valeurs de la personne. L’intérêt situationnel d’un autre côté, est considéré comme ayant une valeur instantanée évoquée par des stimuli particuliers présents dans l’environnement. Ce deuxième type d’intérêt a peu d’influence à court terme sur les connaissances et les valeurs de l’individu. Il est important de noter que ces deux types d’intérêt sont fortement liés et interviennent rarement indépendamment l’un de l’autre. Schiefele (1991) fait par ailleurs une double distinction en ce qui concerne l’intérêt individuel.

-  L’intérêt comme caractéristique latente . Cette caractéristique latente comporte essentiellement trois points.

  • L’intérêt individuel peut être conceptualisé comme un ensemble d’impressions positives que l’individu voue à un thème ou à un objet d’étude. En ce sens, pour l’individu, l’objet d’étude ou le thème d’étude a une grande valeur. Par exemple, l’étude d’une discipline universitaire aura une grande importance pour un étudiant qui est intéressé par cette dernière. A l’inverse, un étudiant à la possibilité d’étudier des matières qui n’ont aucune valeur et donc aucun intérêt à ses yeux. Les impressions positives sont la joie et l’implication pour l’activité.
  • L’intérêt comme un ensemble de valeurs associées à un thème fait référence à tout ce qui pousse l’individu à s’intéresser à une activité. Ces valeurs personnelles peuvent être la contribution d’un objet d’intérêt au développement personnel, ou la compréhension de problèmes importants. Pour l’auteur, ces deux composantes sont très corrélées, bien qu’il faille en faire la distinction.
  • Enfin, une troisième caractéristique essentielle de l’intérêt individuel est son caractère intrinsèque au sens de Deci & Ryan (2002), c’est à dire que l’individu va effectuer une activité intéressante en dehors de toute contrainte.

-  Actualisation spécifique de l’intérêt individuel  : L’actualisation signifie que si une personne est intéressée un thème donné, elle va chercher à en apprendre le plus possible à son sujet et va travailler de son propre chef. L’actualisation de l’intérêt peut être conçue comme une orientation générale envers un sujet spécifique qui oriente le comportement de l’apprenant vers un but d’apprentissage ou une implication envers cette activité. Pour Schiefele (1991), cette orientation générale n’est pas incompatible avec une focalisation sur des sujets plus spécifiques. Concrètement, cela veut dire que l’étudiant va prendre davantage plaisir à progresser sur une thématique bien précise plutôt que sur une autre qui l’intéresse moins.

L’intérêt individuel est conçu comme une caractéristique stable relativement robuste dans le temps. Pour Schraw et Lehman (2001), il s’agit d’un désir intrinsèque orienté vers la compréhension sur des thématiques particulières qui persiste dans le temps.


Source :
Fenouillet, F. & Heutte, J. (2013). Proposition pour une mesure de l’expérience optimale à l’école : étude exploratoire du flow et de l’intérêt individuel perçus par les élèves en français, mathématique et arts. Congrès Francophone de Psychologie Positive, Metz, France.


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