Du bien-être général au bien-être au travail (Achte, Delaflore, Fabre, Magny & Songeur, 2010)

 janvier 2011
par  Jean Heutte
popularité : 11%

[...]de grands courants de recherche se sont consacrés à la compréhension du bien-être psychologique global, mais le bien-être psychologique au travail s’est vu accorder très peu d’attention [1]. Dagenais-Desmarais précise que « puisqu’il a souvent été présenté comme un trait stable à travers les domaines de vie, le bien-être a plutôt été étudié jusqu’à ce jour comme un construit générique, et non pas comme un construit rattaché à un domaine de vie spécifique tel que le travail. » Selon Dagenais-Desmarais (2010), seul trois modèles tentent de conceptualiser le bien-être psychologique au travail :
- Un modèle heuristique de la santé organisationnelle, conçoit bien-être psychologique au travail comme étant un amalgame de moral, de détresse et de satisfaction au travail ;
- Un autre courant conceptualise quant à lui le bien-être psychologique au travail en termes affectifs, à travers cinq continuums : anxiété-confort, dépression-plaisir, ennui- enthousiasme, fatigue-vigueur, colère-placidité ;
- Enfin, un autre courant décrit le bien-être au travail comme étant une notion incluant à la fois les symptômes médicaux physiques et psychologiques au travail, les expériences de vie générales (bonheur, satisfaction dans la vie,...) et les expériences reliées au travail (satisfaction au travail, attachement au travail,...).

Or, du fait que ces définitions intègrent à la fois des composantes positives et négatives, elles s’apparentent plus à la définition de la santé psychologique qui est reconnu comme englobant plus l’absence de détresse psychologique, atteignant un seuil clinique ou non, que la présence de bien-être psychologique.

Malgré le manque de précision sur le concept de bien-être psychologique au travail, nous pouvons néanmoins tenter d’articuler la notion avec celle du bien-être en général. Il est facile d’admettre que le bien-être général d’une personne puise son origine dans les différentes sphères d’activité de sa vie, comme la famille, les amis, les activités sportives et le travail. Ce dernier représente donc une source d’influence parmi d’autres sur le bien-être général.

Également, une autre distinction qu’il est important de prendre en compte est la différence entre les notions de bien-être de la personne au travail et la notion de bien-être du travailleur au travail. Le bien-être de la personne au travail : implique l’hygiène, la sécurité, la santé, l’embellissement des lieux de travail,... ; Le bien-être du travailleur au travail : implique la prise en compte de la spécificité de la tâche.

Figure 2 : Distinction entre le bien-être de la personne au travail et le bien-être du travailleur au travail GIF - 13.4 ko Source : N.Robert (2007), Bien-être au travail : une approche centrée sur la cohérence des rôles, INRS Département Homme au Travail, Laboratoire Gestion de la Sécurité, p.7

Le concept du bien-être au travail aujourd’hui

Il se définit comme l’ensemble des facteurs concernant les conditions dans lesquelles un travail est effectué. Tout employeur a l’obligation légale de garantir et promouvoir le bien -être de son personnel là où il exerce son métier. Il doit veiller à optimiser ses conditions de travail, assurer sa sécurité, veiller à sa bonne santé, combattre les risques d’accidents.

La notion de bien -être au travail regroupe : la sécurité au travail, la protection de la santé du travailleur, la charge psychosociale occasionnée par le travail (stress), l’hygiène du lieu de travail, le travail (stress), l’ergonomie, l’embellissement des lieux de travail, et les mesures prises par l’entreprise matière d’environnement.

Le concept de bien-être est aujourd’hui un moyen de dépasser certaines difficultés au travail caractérisé par une recherche constante d’amélioration de la productivité et avec de plus en plus exigences vis-à-vis des salariés.

Nous avons dans un premier temps distingué le bien-être général du bien-être au travail, nous allons dans un second temps distinguer les plusieurs acceptions du bien-être au travail que sont :
- La santé ;
- La qualité de vie au travail ;
- Le bien-être subjectif.

L’historique

C’est dans les années 70 que la notion de qualité de l’emploi et du travail est évoquée pour la première fois en France. L’objectif est alors de chercher à développer des modes d’organisation du travail innovants capables de concilier l’efficacité et l’intérêt du travail pour accroître à la fois la satisfaction professionnelle des salariés et la performance des entreprises [2]. La notion de qualité de l’emploi réapparaît aux sommets européens de Lisbonne en 2000 et de Laeken en 2001 qui formulent dix objectifs dans le domaine de la qualité du travail :
- Satisfaction des travailleurs vis-à-vis de leur emploi ;
- Éducation et formation tout au long de la vie ;
- Égalité entre les femmes et les hommes ;
- Non-discrimination ;
- Baisse de la fréquence des accidents du travail, des maladies professionnelles et du stress professionnel ;
- Appui à la mobilité professionnelle et géographique ;
- Insertion des jeunes et des chômeurs de longue durée ;
- Équilibre entre vie professionnelle et vie privée ;
- Dialogue social et participation des travailleurs à la vie de l’entreprise ;
- Accroissement de la productivité et du niveau de vie.

Ces objectifs sont complétés en 2002 par la Commission Européenne dans le cadre de la stratégie européenne santé et sécurité au travail qui vise le « développement d’une culture de prévention et une approche globale du bien-être au travail ». Loin de s’opposer à la compétitivité des entreprises, la qualité de vie au travail est au contraire essentielle pour le développement durable et l’innovation.

L’approche globale et intégrée du travail

La santé constitue le socle de la qualité de vie au travail, dans son acception la plus large, telle que définie par l’OMS : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité ».

Au-delà, la qualité de vie au travail doit être mesurée à l’aune de l’épanouissement personnel qu’elle est capable d’engendrer, depuis la conciliation des temps de vie, en passant par le développement des compétences, des capacités relationnelles, de la créativité ou de la connaissance de soi.

La qualité de vie au travail est le résultat d’un ensemble de démarches, de règles, de pratiques construites au cours du temps à travers conflit, concertation, négociation, combinant dans des proportions variables le souci d’amélioration des conditions de travail et celui de l’efficacité. Le résultat dépend finalement de la place qu’accorde au travail et à l’homme, l’ensemble des acteurs, mais plus particulièrement ceux qui assument le pouvoir dans l’entreprise : le travail est-il, oui ou non, dans la réalité quotidienne, considéré comme un facteur stratégique ?

Les facteurs déterminants pour la qualité de vie au travail

Même si le sens de cette notion varie selon les individus, leur statut, leur âge, leur genre, leur emploi, il est possible d’identifier un certain nombre de variables ou de facteurs-clés qui apparaissent déterminants pour la qualité de vie au travail :
- La qualité des relations sociales et de travail : reconnaissance du travail, respect, écoute, considération des collègues et de la hiérarchie, information, dialogue social et participation aux décisions ;
- La qualité du contenu du travail : autonomie, variété des tâches, degré de responsabilité ;
- La qualité de l’environnement physique du travail : sécurité, bruit, chaleur, éclairage, propreté, cadre spatial ;
- La qualité de l’organisation du travail : qualité de la prescription du travail, capacité d’appui de l’organisation dans la résolution des dysfonctionnements, démarches de progrès organisationnel, pénibilité, charge de travail, prévention des risques liés à l’organisation (troubles musculosquelettiques, risques psychosociaux) ;
- Les possibilités de réalisation et de développement professionnel : rémunération, formation, validation des acquis, développement des compétences, sécurité des parcours professionnels ;
- La conciliation entre vie au travail et vie hors travail : rythme et horaires de travail, vie familiale, accès aux services, loisirs, transports...

Pour atteindre, dans la durée, les objectifs d’amélioration de la qualité de vie au travail, les principes suivants peuvent être retenus :
- Se poser simultanément la question de l’impact des solutions envisagées sur la performance et sur les personnes (santé, bien-être, développement professionnel, socialisation...) ;
- Impliquer les salariés et leurs représentants et en faire des acteurs de la construction des solutions proposées aux côtés des directions, de l’encadrement et des experts ;
- Appuyer les projets sur une connaissance précise de la réalité du travail et des caractéristiques des personnes (compétences, état de santé, aspirations, contraintes personnelles...) ;
- Faire de l’évolution de l’organisation du travail le primat de la conduite du changement
- Favoriser par tous les moyens l’innovation participative ;
- Se placer dans une perspective de long terme où les contraintes deviennent des opportunités de développement des personnes et des organisations.

Promouvoir la qualité de vie au travail : un engagement collectif

Promouvoir la qualité de vie au travail, c’est [3]...
- Un choix de société, qui implique les salariés et les dirigeants des entreprises, les partenaires sociaux, l’État et les collectivités territoriales à tous les niveaux ;
- Analyser, comprendre le travail et agir pour le transformer ;
- Encourager toutes les initiatives qui contribuent au développement des compétences, à l’évolution professionnelle et au bien-être au travail ;
- Agir pour que le travail favorise l’épanouissement physique, psychique et intellectuel des individus ;
- Faire que le travail soit un espace d’intégration y compris pour les moins aptes et les plus fragiles, et un espace de justice sociale ;
- Faire que chacun trouve sa place au travail et que le travail garde sa place parmi les autres activités humaines.


Source :
Achte I., Delaflore J.-L. , Fabre C. , Magny F. &. Songeur C. (2010) Comment concilier la performance et le bien-être au travail ? Mémoire MBA Management des Ressources Humaines, Université Paris Dauphine.

http://www.mbarh.dauphine.fr/.../Bi...


[1] V. Dagenais-Desmarais, Du bien-être psychologique au travail, Fondements théoriques, conceptualisation et instrumentation du construit, Thèse présentée à la Faculté des études supérieures et postdoctorales, Département de psychologie, Faculté des arts et des sciences

[2] Source : ANACT

[3] Source : ANACT


Publications

Derniers articles publiés