La théorie du sentiment d’efficacité personnelle (auto-efficacité) de Bandura (François & Botteman, 2002 ; Carré, 2004)

 octobre 2004
par  Jean Heutte
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Cet article a été mis à jour le 19 mars 2011

La théorie sociale cognitive (TSC) est basée sur la notion d’interaction. Bandura (1986) précise qu’il ne suffit pas de considérer le comportement comme étant fonction des effets réciproques des facteurs personnels et environnementaux les uns sur les autres mais que l’interaction doit être comprise comme un déterminisme réciproque des facteurs personnels, environnementaux et des comportements selon le schéma de la figure 1.

Figure 1

Figure 1 : Triade dynamique de la TSC

Ainsi, dans cette conception, l’influence de l’environnement sur les comportements reste essentielle, mais à l’inverse de ce qu’on trouve dans les théories behavioristes de l’apprentissage (conditionnements classique et opérant) une place importante est faite aux facteurs cognitifs, ceux-ci pouvant influer à la fois sur le comportement et sur la perception de l’environnement. Cette perception est en effet plus déterminante que les conditions réelles dans lesquelles se trouve l’individu. Pour Bandura, les humains ne répondent pas seulement à des stimuli, ils les interprètent (1980)2. Bandura cite plusieurs exemples montrant que l’effet de la situation sur le comportement (renforcement) ne devient vraiment significatif que lorsque le sujet prend conscience de ce renforcement. Mais ce modèle de causalité triadique et réciproque n’implique ni que chacun des trois facteurs intervienne avec la même force dans une situation donnée ni que les trois facteurs soient concernés en même temps. La bi-directionnalité de l’influence signifie aussi que les personnes sont à la fois produit et productrices de leur environnement (Wood et Bandura, 1989, p 362).

Le sentiment d’efficacité personnelle
Pour Bandura (1980, 1986), les croyances d’un individu à l’égard de ses capacités à accomplir avec succès une tâche ou un ensemble de tâches sont à compter parmi les principaux mécanismes régulateurs des comportements. Le sentiment d’efficacité personnelle (SEP) renvoie « aux jugements que les personnes font à propos de leur capacité à organiser et réaliser des ensembles d’actions requises pour atteindre des types de performances attendus » (Bandura, 1986), mais aussi aux croyances à propos de leurs capacités à mobiliser la motivation, les ressources cognitives et les comportements nécessaires pour exercer un contrôle sur les événements de la vie (Wood et Bandura, 1989). Ces croyances constituent le mécanisme le plus central et le plus général de la gestion de soi (personal agency). En particulier, le SEP est supposé aider les gens à choisir leurs activités et leurs environnements et déterminer la dépense d’efforts, leur persistance, les types de pensées (positives vs négatives) et les réactions émotionnelles face aux obstacles.

Le SEP influe positivement sur la performance. Il a un rôle direct en permettant aux personnes de mobiliser et organiser leurs compétences. Il a un rôle indirect en influençant le choix des objectifs et des actions. Les résultats de la méta-analyse effectuée par Sadri et Robertson (1993) confirment que le SEP est corrélé avec la performance (r après correction = .40) et avec le choix du comportement (r après correction = .34). La liaison du SEP avec la performance est plus faible dans les études en milieu naturel (r = .37) que dans les situations expérimentales (r = .60).

Le meilleur moyen de développer un sentiment d’efficacité personnelle est de vivre des expériences qu’on maîtrise et réussit. Les croyances dans sa propre efficacité peuvent aussi être développées par modelage en prenant connaissance d’expériences réalisées par d’autres personnes. La persuasion verbale, par exemple les encouragements, peut accroître le sentiment d’efficacité, mais celui-ci ne survivra pas longtemps à l’épreuve de la réalité s’il a été "artificiellement" mené à un niveau irréaliste. Enfin les états physiologiques expérimentés dans certaines situations peuvent être interprétés par l’individu comme le signe de difficultés pour atteindre un résultat visé. Ainsi, les manifestations somatiques du stress sont-elles souvent attribuées à un manque de capacité.

L’ensemble substantiel de recherches sur les différents effets du SEP est résumé ainsi par Bandura, (1995) :
Les personnes qui ont un faible SEP dans un domaine particulier évitent les tâches difficiles qu’elles perçoivent comme menaçantes. Elles ont des niveaux faibles d’aspiration et une faible implication par rapport aux buts qu’elles ont choisis. Confrontées à des difficultés, elles butent sur leurs déficiences personnelles, sur les obstacles et sur les conséquences négatives de leurs actes plutôt que de se concentrer sur la façon d’obtenir une performance satisfaisante. Elles diminuent leurs efforts et abandonnent rapidement face aux difficultés. Elles sont lentes à retrouver leur sens de l’efficacité après un échec ou un délai dans l’obtention de résultats. Elles considèrent une performance insuffisante comme la marque d’une déficience d’aptitude et le moindre échec entame leur foi en leurs capacités. Ces caractéristiques minimisent les opportunités d’accomplissements et exposent l’individu au stress et à la dépression.

Au contraire, un SEP élevé augmente les accomplissements et le bien-être personnel de plusieurs façons. Les personnes avec une forte assurance concernant leurs capacités dans un domaine particulier considèrent les difficultés comme des paris à réussir plutôt que comme des menaces à éviter. Une telle approche des situations renforce l’intérêt intrinsèque et approfondit l’implication dans les activités. Ces personnes se fixent des buts stimulants et maintiennent un engagement fort à leur égard. Elles augmentent et maintiennent leurs efforts face aux difficultés. Elles recouvrent rapidement leur sens de l’efficacité après un échec ou un retard. Elles attribuent l’échec à des efforts insuffisants ou à un manque de connaissances ou de savoir-faire qui peuvent être acquis. Elles approchent les situations menaçantes avec assurance car elles estiment exercer un contrôle sur celles-ci. Cet ensemble de caractéristiques d’auto-efficacité favorise les accomplissements personnels, réduit le stress et la vulnérabilité face à la dépression.

BANDURA, A. (1980). L’apprentissage social. Bruxelles : Mardaga. p. 60. p 400. p 80. p 81-82.

BANDURA, A. (1986). Social foundations of thought and action. Prentice-Hall, Englewood Cliffs. p. 23. p. 391.

Bandura, A., & Wood, R. E. (1989). Effect of perceived controllability and performance standards on self-regulation of complex decision-making. Journal of Personality and Social Psychology, 56, 805-814.

BANDURA, A. (1991). Human agency : the rhetoric and the reality. American Psychologist. 46, p 157-162.

BANDURA, A. (1995). Self-efficacy in changing societies. New York, Cambridge University Press. p 11.

BANDURA, A. (1997). Self-Efficacy : the Exercise of Control. New York, Freeman. p. 422. p. 422-425. p. 427. p 189.

Extrait de :
François P.-E., Botteman A. E. (2002) Théorie sociale cognitive de Bandura et bilan de compétences : applications, recherches et perspectives critiques
http://epe.lac-bac.gc.ca/100/201/30...



L’auto-efficacité agit comme un mécanisme autorégulateur central de l’activité humaine . La confiance que la personne place dans ses capacités à produire des effets désirés influence ses aspirations, ses choix, sa vulnérabilité au stress et à la dépression, son niveau d’effort et de persévérance, sa résilience face à l’adversité... C’est dire que la théorie de l’auto-efficacité ouvre des perspectives tout à fait neuves dans des domaines aussi divers que la santé, l’éducation, la psychothérapie, l’organisation des entreprises, l’entraînement sportif...

Bandura, A. (2003). Auto-efficacité. Le sentiment d’efficacité personnelle. Bruxelles : De Boeck. http://universite.deboeck.com/impri...


De l’apprentissage social au sentiment d’efficacité personnelle : autour de l’oeuvre d’Albert Bandura

Nanterre : Savoirs , 2004, Hors série 2004, p. 1-175

Albert Bandura, l’un des plus célèbres psychologues américains, est au fondement du courant sociocognitiviste. Son oeuvre place l’individu au coeur d’une triade d’interactions entre facteurs cognitifs, comportementaux et contextuels. Les sujets sociaux apparaissent ainsi à la fois comme les producteurs et les produits de leur environnement. Onze auteurs présentent l’oeuvre d’Albert Bandura. Ce sont en particulier les modalités d’action de l’auto-efficacité, dans tous les domaines de la vie quotidienne, qui sont étudiées ici : réussite scolaire, travail professionnel, vie familiale, action collective,...

Ce numéro spécialement consacré à l’oeuvre du psychologue américain Albert Bandura, fait intervenir des spécialistes francophones familiers de ses écrits. Ils commentent la théorie sociocognitiviste développée par Bandura concernant notamment le concept d’auto-efficacité sans oublier ses premiers travaux sur le concept d’apprentissage social. La traduction d’interviews données ou d’articles complète ce recueil.

Mots-clés

PSYCHOSOCIOLOGIE SCIENCES COGNITIVES PROCESSUS COGNITIF PSYCHOLOGIE

Classement : Psychologie Sociale Langue : Français Support : Papier N° Revue : Hors série 2004 Lieu d’édition : Nanterre Format : 24 cm

Contient

- Article : Bandura : une psychologie pour le XXIe siècle ? (Philippe CARRÉ)
- Article : Fondements sociaux et de la pensée et de l’action chez Bandura (Pierre-Henri FRANÇOIS)
- Article : Les applications du sentiment d’efficacité personnelle (Jacques LECOMTE)
- Article : Le sentiment d’efficacité personnelle dans l’apprentissage et la formation : quel rôle joue-t-il ? D’où vient-il ? Comment intervenir ? (Benoît GALAND, Marie VANLEDE)
- Article : Auto-efficacité : quelle contribution aux modèles de prédiction de l’exposition aux risques et de la préservation de la santé ? (Thierry MEYER, Jean-François VERLHIAC)
- Article : L’intérêt clinique du concept d’efficacité personnelle (Elodia DE ALMEIDA CARAPATO, Jean-Michel PETOT)
- Article : Nouveaux contextes sociaux et croyances d’efficacité (Jean-Pierre POURTOIS, Benoît DEMONTY)

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A lire impérativement...
BANDURA, A. (2003). Auto-efficacité. Le sentiment d’efficacité personnelle. Paris : De Boeck.


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