Théorie de l’intégration organismique : les différents types de motivations (Deci, 1975 ; Ryan & Deci, 2002)

 avril 2011
par  Jean Heutte
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Selon Deci[1] et Ryan, l’apport fondamental de la théorie de l'autodétermination (TAD) est de différencier l’internalisation non comme une dichotomie (eg. Bandura, 1996), mais comme un continuum. Ainsi, la théorie de l’intégration organismique (TIO)[2] (Ryan & Deci, 2002), propose trois catégories de motivation sur un continuum d’autodétermination : la motivation intrinsèque (MI), la motivation extrinsèque (ME) et l’amotivation (AM). Le niveau le plus élevé d’autodétermination se trouverait au niveau de la MI, alors que le niveau le moins élevé serait au niveau de la AM (cf. Figure 7, p. 77),.

Par la TIO, Deci et Ryan s’inspirent à nouveau des travaux de deCharms (1968) en apportant notamment une forte contribution à la différentiation des formes de ME, en distinguant également différents types de ME sur un continuum d’autodétermination et d’intégration (Blais, Brière, Lachance, Riddle & Vallerand, 1993, p. 188), ainsi que des types d’intériorisation, dont le degré varie en fonction de l’intégration de la régulation au soi.



Selon Gillet, Berjot et Paty (2009), le continuum d’autodétermination est le reflet du locus de causalité perçu par l’individu. Le concept de locus de causalité perçu fait référence au degré selon lequel les individus estiment être à l’origine de leur propre comportement (Deci & Ryan, 1985). Un individu perçoit un locus interne de causalité dès lors que ses comportements sont volontaires et autonomes. En revanche, la perception d’un locus externe de causalité implique que des facteurs externes sont responsables de l’initiation des comportements individuels. La motivation intrinsèque est conceptualisée comme la motivation la plus autodéterminée. Elle est donc associée à la perception d’un locus interne de causalité. La motivation extrinsèque n’est quant à elle pas toujours associée à la perception d’un locus externe de causalité (Deci & Ryan, 1985).

Deci et Ryan (1985a) ont proposé l’existence de quatre formes de motivation extrinsèque plus ou moins autodéterminées. Les régulations intégrée et identifiée sont considérées comme des formes de motivation autodéterminée (perception d’un locus interne de causalité), alors que les régulations introjectée et externe sont des formes de motivation non autodéterminée ou contrôlée (perception d’un locus externe de causalité). Ainsi, la motivation intrinsèque se situe à une extrémité du continuum (Figure 7, p. 77), alors que l’amotivation (absence de motivation autodéterminée) se trouve à l’autre extrémité (Deci & Ryan, 1985). Entre ces deux formes de motivation se trouvent la régulation intégrée, la régulation identifiée, la régulation introjectée et la régulation externe.

Figure 7
Continuum d’autodétermination

Description : Image 1

Les types de motivation et de régulation dans le cadre de la théorie sur l’automotivation
(Deci & Ryan, 2008, p. 27)





À une extrémité du continuum se trouve l’AM : perception d’une impossibilité de faire (Rotter, 1966 ; Seligman, 1975) ou perception d’un manque de compétence (Bandura, 1977 ; Deci, 1975).

Les 5 autres formes de régulation correspondent à une classification des comportements liés à la motivation.

À l’extrémité finale du continuum se trouve la MI qui est le prototype d’un comportement autonome ou autodéterminé.



Les comportements extrinsèquement motivés correspondent à 4 types de régulation :

    - régulation externe

Les raisons du comportement sont liées à des demandes externes ou à des contingences sociales (vision « dichotomique » ME/MI deCharms, 1968).

    - régulation introjectée

Les raisons du comportement sont légèrement intériorisées mais pas suffisamment pour être considérées comme faisant partie intégrante de soi. La régulation reste externe, le comportement reste plutôt motivé par un souci d’apparence, d’éléments liés à l’ego, de ce que l’on veut montrer aux autres (désirabilité sociale).

    - régulation identifiée

Les raisons du comportement sont liées à une bonne compréhension et une acceptation consciente des objectifs et de la nécessité des actions pour les atteindre. La régulation est interne.

    - régulation intégrée

Les raisons du comportement sont liées à une bonne compréhension et une acceptation consciente des valeurs induites par l’action et l’atteinte des objectifs. La régulation est interne. Les effets sur le bien-être et la santé mentale sont comparables à ceux observés dans la MI. Enfin, Ryan & Deci (2002) insistent sur le rôle central du sentiment d’appartenance sociale concernant le principe d’internalisation.



Parmi les MI, Vallerand et ses collègues (1989 et 1992) nuance la taxonomie de Deci et Ryan (1985) en distinguant la MI aux stimulations, la MI à la connaissance et la MI à l’accomplissement (Figure 8, p. 79).

  • la MI aux stimulations est « celle de l’individu qui effectue l’activité parce qu’elle lui permet de ressentir des stimulations plaisantes d’excitation, d’amusement, d’esthétisme ou de plaisirs sensoriels » (Blais & al., 1993, p. 190). Cette dimension correspond par exemple : au Flow Csikszentmihalyi (1975, 1978), à l’expérience de pointe[3] de Maslow (1970) et à l’expérience d’esthétisme de Berlyne (1971a, cité par Blais & al., 1993).

  • la MI à la connaissance est « celle de l’individu qui effectue l’activité pour la satisfaction et le plaisir d’être en train d’apprendre de nouvelles choses » (Blais & al., 1993, p. 191). L’individu est guidé « par le plaisir de la découverte de nouvelles connaissances, la curiosité ou l’exploration d’éléments nouveaux » (Fenouillet, 1998, p. 275), cette dimension est bien illustrée par la figure de l’épicurien de la connaissance (Heutte, 2009, 2010).

  • la MI à l’accomplissement est « celle de l’individu qui effectue l’activité pour la satisfaction et le plaisir d’être en train d’accomplir, de créer ou de relever un défi optimal » (Blais & al., 1993, p. 191), parce que cette activité lui permet de se surpasser sur le plan des habiletés personnelles, de se sentir plus efficace et compétent, ou encore « lorsqu’il cherche à accroître sa sensation de compétence dans un défi optimal » (Fenouillet, 1998, p. 274), cette dimension correspond bien à l’expérience optimale décrite par Csikszentmihalyi (1990, 1997).

Figure 8
Types de motivation

Description : Image 2

Résumé des différents types de motivation mis en évidence dans la TAD et ordonnés en fonction de leur degré d’autodétermination. Sarrazin, Tessier, Trouilloud (2006 p.160).

 

In fine, lorsqu’un comportement est parfaitement intégré, il est considéré comme étant volontaire et en harmonie avec d’autres comportements que l’individu estime importants (Gillet & al., 2009). En outre, il devient cohérent avec l’identité et les valeurs partagées par celui-ci (Ryan, 1995). Dans le cas de la régulation identifiée, un étudiant va s’investir dans une activité qu’il ne trouve pas intrinsèquement intéressante (e.g., une séance de révision) car il estime qu’elle peut lui permettre de s’améliorer dans ses connaissances disciplinaires. Un étudiant présentant un niveau élevé de la régulation introjectée agit pour éviter de culpabiliser ou pour chercher le soutien d’autrui. Ainsi, il peut décider d’aller à la bibliothèque car il est persuadé qu’il est nécessaire d’y aller pour réviser. Enfin, la régulation externe implique que le comportement est régulé par des facteurs externes comme les contraintes, les menaces et les récompenses (Deci & Ryan, 1985a, 1991). Par exemple, un étudiant peut décider de participer à une journée « portes ouvertes » organisée par son université (par exemple pour la promotion du cursus de formation dans lequel il est inscrit) car il pense que cela peut influencer les notes que ses enseignants pourraient attribuer à ses prochains travaux.



[1] Organismic Integration Theory (OIT) (Deci 1975)

[2] « Les théories qui postulent une conception organismique plutôt qu’une conception mécaniste de la nature humaine (par ex., Piaget, 1971 ; Rogers, 1963 ; Werner, 1948 ; White, 1960) considèrent le développement comme un processus par lequel l’être humain intériorise, développe, perfectionne et intègre ses structures internes ou les représentations qu’il se fait de lui-même et du monde qui l’entoure. » (Deci & Ryan, 2008, p. 26)

[3] Peak experiences (Maslow, 1970)




Source :
Heutte, J. (2011). La part du collectif dans la motivation et son impact sur le bien-être comme médiateur de la réussite des étudiants  : Complémentarités et contributions entre l’autodétermination, l’auto-efficacité et l’autotélisme (Thèse de doctorat en Sciences de l’Éducation). Paris Ouest-Nanterre-La Défense téléchargeable ici


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