TIC et nouvelles logiques professionnelles (Pichault, Rorive, Zune 2001)

 octobre 2004
par  Jean Heutte
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Le terme « métiers » est devenu depuis quelques années un terme connoté, issu de ce qu’il est convenu d’appeler le modèle de la qualification. On sait que ce modèle est aujourd’hui concurrencé par le modèle de la compétence et qu’un débat à la fois scientifique, managérial et institutionnel est engagé à ce sujet dans de nombreux pays. L’indication selon laquelle plus de 50 % des personnes travaillant dans des fonctions liées aux TIC ne disposeraient pas de diplôme initial en la matière ne veut pas dire ipso facto que ce groupe professionnel 12 fonctionne uniquement selon le modèle de la compétence : des mécanismes subtils, notamment de certification privée, viennent en effet brouiller la question. De plus, réfléchir en termes de « nouveaux métiers » rend la recherche difficile à opérationnaliser. Le raisonnement dichotomique induit par ce terme - distinguer les nouveaux métiers de métiers déjà existants - suppose en effet de porter une appréciation tranchée dans des situations complexes et marquées par la diversité. La nécessité d’utiliser un autre concept que celui de métier est rendue encore plus prégnante du fait du caractère émergent de ces situations. Les champs professionnels sont en effet caractérisés par des jeux d’acteurs qui en influencent le cours, mais également par des mouvements itératifs de composition et de recomposition au gré de facteurs de contexte. Ainsi, l’acquisition de certifications sur certains logiciels permet aux acteurs de valoriser l’apprentissage acquis par un diplôme, certes privé et limité dans le temps, mais suffisamment reconnu que pour être valorisé lors de mobilités. Pour l’ensemble des personnes interrogées au cours de notre recherche, l’apprentissage et la mise à jour des connaissances en matière de TIC semble passer par l’autoformation et le mentorat des collègues ou sur base de réseaux de pairs (internet). Pour nombre d’entre elles, cet apprentissage s’effectue également durant les temps libres, traduisant une indifférenciation progressive entre vie professionnelle et vie privée. Les entreprises étudiées ne recourent que très rarement à des formations externes ou de groupe en matière de TIC. De même, nous n’avons guère constaté l’existence de plans de formation planifiés à ce sujet. Par ailleurs, la quasi-totalité des parcours professionnels que nous avons analysés montre combien la mobilité interorganisationnelle est importante dans les nouvelles logiques professionnelles. Celle-ci s’explique à la fois par des facteurs économiques (face aux créations et fermetures des entreprises, la diversité d’employeurs offre parfois un sentiment d’une plus grande sécurité que l’implication au sein d’une seule entreprise), par des facteurs organisationnels (valorisation de l’expérience acquise dans divers environnements organisationnels lors des recrutements) mais également culturels (intérêt pour un travail varié, aspect ludique de l’apprentissage des TIC). Afin de saisir cette réalité complexe, il nous a semblé préférable de mobiliser le concept de nouvelles logiques professionnelles, entendu comme de nouvelles combinaisons de connaissances, de compétences et de caractéristiques de champs professionnels autrefois considérés comme distincts, exprimant de nouveaux rapports à l’organisation et au marché du travail. Cette définition, plus ouverte à nos yeux que celle de « nouveaux métiers », nous permet ainsi de prendre également en compte la variable organisationnelle et la variable marché du travail.


Source : Etude "TIC et métiers en émergence" commandée par le minstère de l’industrie en janvier 2001 à François Pichault, Brigitte Rorive et Marc Zune du Laboratoire d’Études sur les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication de l’Université de Liège

http://www.industrie.gouv.fr/observ...


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