Vilain petit canard (Heutte, 1990)

 mai 1996
par  Jean Heutte
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Le projet "Chroniques" dont il est question dans ce texte était un projet pédagogique en partenariat avec le quotidien Nord-Eclair, à l’initiative de Lilia Valmory (à l’époque, conseillère pédagogique, Roubaix-Sud) : la classe était abonnée au journal Nord Eclair, après avoir lu et étudié la presse tout au long de l’année, les élèves rédigeaient un article qui était publié dans le quotidien...

En fin d’année (au moment où il fallait rédiger les projets pour l’année suivante), il avait été demandé à quelques enseignants ayant participé à ce projet de donner leur point de vue dans une "chronique" qui était parue dans une édition spéciale de Nord Eclair.

Le texte est un peu confus et prétentieux, mais comme il laisse transparaitre une perception du "flow" (avant que ce concept devient un des mes objets de recherche), je trouve amusant de l’afficher ici.

Son titre original était :

Je suis une priorité nationale

Réflexions sur l’état du moral des troupes, quand la saison des projets bat son plein...

Tous ceux qui ont participé à “Chroniques” vous le diront, c’est dur. Pour les non-journalistes professionnels que nous sommes, nous connaissons tout d’abord le “stress de la page blanche”, puis l’angoisse de ne pas être à la hauteur. Dans tout projet, il y a une grande part d’inconnu. Quand on sait que tout ce qui sort un peu de l’ordinaire est d’abord déstabilisateur avant d’être enrichissant, plusieurs questions se posent : Pourquoi se donner autant de mal, puisque au bout du compte on aura tous la même retraite ? Quel mérite a-t-on à jouer ainsi avec son état physique et sa santé mentale ? En permettant à certains de démontrer que l’enseignant “scout un jour, scout toujours” peut faire des merveilles avec presque rien, ne risque-t-on pas de ruiner la revalorisation de l‘enseignement ? En étant les arbres que certains agitent pour se faire mousser, ne risque-t-on pas pas de cacher la réalité de la sombre forêt qu’est l’enseignement ? En étant trop zélés ne risque-t-on pas de favoriser la guerre des chefs qui se soucient moins de nous que de leur dernier redécoupage de circonscription ?

Peut-être, mais on le fait surtout parce que ça aide à vivre. Parce que l’on en a assez de voir chaque jour se dégrader l’image de l’enseignant ; parce que l’on veut relever le défi, que l’on ne veut plus être ce veule fonctionnaire qui ne travaille que 27 heures par semaine, qui a beaucoup de vacances, qui est en retraite à 55 ans, qui a -soi disant- été revalorisé grassement, a des primes, et de plus, passe son temps à se plaindre au lieu de s’occuper des enfants.

Pour offrir une chance réelle de trouver une place dans la société, à ceux qui en ont le plus besoin, l’école doit attirer des volontaires, et non ceux qui ne peuvent pas faire autre chose. La qualité a un prix... L’école doit changer son image, comme on dit en terme de marketing elle doit “se vendre”. Il faut se faire remarquer pour être reconnu, en veillant simplement à ce que “le plus beau métier du monde” ne se confonde pas avec le “plus vieux métier du monde”...

Ce n’est pas un métier, c’est une passion... En matière d’éducation, il n’y a pas vraiment de remède miracle, il y a surtout des placébo. Il faut y croire pour que ça marche. Le feu sacré ne dure qu’un temps. Par respect pour les enfants, aurons-nous le courage et aussi la possibilité de quitter l’enseignement avant d’en avoir assez ?

On vit une époque formidable...


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