Relire les projets « TIC et innovation pédagogique » : y a-t-il un pilote à bord, après Dieu bien sûr … (Pereya & Viens, 2003)

 mars 2010
par  Jean Heutte
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Dans cet article, Pereya et Viens abordent la question du pilotage de l’innovation sous l’éclairage de différents domaines contributifs puis ils relevent au sein de ces domaines, des visions et positions contradictoires ou divergentes qui, en quelque sorte, déterminent l’angle sous lequel l’innovation est abordée. De ce dernier dépendent les réponses possibles aux questions du pilotage de l’innovation pédagogique avec les TIC. Comme le rappellent les auteurs, ces questions touchent le statut comme le rôle des technologies et des acteurs mais aussi leur hiérarchie respective lors du pilotage de l’innovation.

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La réduction du domaine de recherche de la technologie éducationnelle ou ingénierie pédagogique à la simple utilisation des technologies est un danger important qui guette ceux qui assumeront ce pilotage. Maîtriser l’outil ne revient pas à pas maîtriser la démarche d’intégration pédagogique. De plus, maîtriser l’intégration pédagogique d’un outil ou la médiatisation dans ses formes primaires, réduite à la production d’artéfacts pédagogiques ne correspond pas à maîtriser la médiatisation d’un système d’apprentissage dans ses formes plus complexes : à savoir un système qui intègre notamment les médiations sémiocognitives et humaines d’une part, et qui prenne en compte de nombreux facteurs humains et contextuels d’autre part. La scénarisation des activités humaines que présuppose le dispositif de formation est une occasion de formation et de prise d’un recul critique face au dispositif qui est en développement. Le concept de dispositif de formation et la démarche dispositive viennent témoigner de cette volonté d’intégrer une médiation humaine et de prendre en compte un éventail de facteurs et de dimensions plus grands que la simple médiatisation d’un contenu sous la forme d’un artéfact isolé.

L’intérêt pour les applications pédagogiques d’Internet vient ici compliquer la situation en ce qu’elle rejoint la masse des pédagogues, qui s’approprient l’outil et la terminologie sans prendre en compte la complexité voire l’entièreté des problèmes. On réinvente la roue et on s’étonne de tourner en rond…on tire des conclusions sur le potentiel pédagogique d’outils qu’on ne comprend pas encore très bien et dont on ne sait pas non-plus comment utiliser efficacement tout le potentiel. On rame à bord d’un catamaran ou on tente de mettre un moteur hors-bord sur un paquebot… Alors, le capitaine du vaisseau ne s’offre pas les conditions optimales pour une croisière réussie sur la mer des savoirs. Il risque de déchanter bien vite, soit qu’il change de métier, soit qu’il en revienne aux embarcations à rames…Pour bien piloter ces innovations, il faut en connaître les fondements mais aussi être près du terrain (enfin, de la mer…), être prêt à accompagner les acteurs afin qu’ils définissent eux-mêmes leurs objectifs et contraintes, qu’ils puissent développer leur culture du domaine. Il faut aborder l’innovation en combinant les fruits des 40 dernières années de recherche dans les domaines contributifs à la réalité du terrain, des acteurs et des contraintes/conditions dans lesquelles ils opèrent. La formation, l’action sur le terrain et la recherche doivent s’investir mutuellement dans des activités qui les éclaireront et leur apporteront une validité écologique que des actes et des perspectives isolés ne pourront offrir. La culture des acteurs est au coeur des succès de l’innovation puisque c’est à partir de cette culture qu’ils pourront définir et s’approprier l’innovation.

La culture est autant un objectif qu’un outil de formation. Pour le pilote comme pour l’acteur de l’innovation, c’est à la fois le point de départ et le point d’arrivée. Finalement, le pilotage de l’innovation doit prendre en compte un ensemble systémique de facteurs, des niveaux micro, meso et macro, touchant respectivement le dispositif, son contexte institutionnel et sociétal.

Dans cette perspective, nous répondrons à la question du « qui pilote l’innovation ? », à supposer qu’il en existe bien une, par notre proposition d’intégrer un co-pilotage entre les acteurs du terrain et les chercheurs-formateurs. Celle-ci peut se matérialiser dans une approche de recherche dispositive. Cette équipée, à notre avis, offre pour l’instant les meilleures chances de maintenir notre cap et d’arriver à bon port sur la mer, souvent houleuse, de l’intégration pédagogique des TIC. Et tous les navigateurs le savent, la difficulté principale est de trouver le meilleur compromis entre le cap et la vitesse.


Sources :
Peraya, D., & Viens, J. (2003). Relire les projets « TIC et innovation pédagogique » : y at-il un pilote à bord, après Dieu bien sûr…. Dans Actes du Symposium du CRIFPE (pp. 1–20)
http://129.194.9.47/~peraya/homepag...


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