Est-il pertinent de
concevoir des hyperdocuments avec ses élèves ?
Essai
de réécriture à partir de plusieurs documents
utilisés en formation d'enseignants, dans le cadre du projet
Hypernaute (de novembre 1995 à juin 2001).
Jean HEUTTE
Conseiller TICE,
Cellule formation continue du 1er degré
Bassin d'éducation Roubaix-Tourcoing
Webmestre du site « Ressources pour l'éducation et la formation »
Introduction
"Les
problèmes de l'éducation ne sauraient être
résolus par la technologie.
On peut mettre sur cédérom
toutes les connaissances. On peut installer un site Internet dans
chaque classe.
Rien de tout cela n'est fondamentalement mauvais,
sauf si cela nous berce de l'illusion que l'on s'attaque ainsi aux
maux de l'éducation"
(Steve JOBS, Wired, 1996)
Si
nous voulons éviter que l'usage des technologies numériques
à l'école n'intéressent qu'une micro communauté
d'enseignants, il faudra bien prouver en quoi et dans quelles
conditions ces outils participent à la construction des
savoirs. C'est en cela, qu'en professionnels de l'éducation,
nous permettrons à nos élèves d'entrer dans la
"société cognitive", telle qu'elle a été
définie par Pierre LEVY (LEVY, 1996) .
Ce projet est
(politiquement et socialement) nettement plus porteur de sens, qu'une
simple ouverture des portes du supermarché de la société
de l'information....
I.
Définition de la problématique
Au-delà
des questions fondamentales que posent à la société
toute entière les développements de l'informatique et
des technologies de communication, il convient de s'interroger sur
les raisons et/ou l'intérêt de leur utilisation dans les
activités scolaires à l'heure d'Internet à
l'Ecole. Très souvent, la réponse à cette
question est envisagée comme une évidence. Cependant,
trouver un usage pertinent de l'ordinateur à l'école ne
semble pas si naturel. Au moment où fleurissent dans le
cyberespace de nombreux sites d'écoles, est-il pertinent de
produire des hyperdocuments avec les élèves ?
Nous
commencerons par clarifier le concept d'hyperdocument, puis nous
chercherons si la production d'un hyperdocument permet de développer
les compétences associées à la production
d'écrits, et de manière plus précise, s'il y a
des compétences spécifiques liées à la
production d'un hyperdocument. Dans ce dessein, nous nous appuierons
sur l'analyse des Instructions Officielles ; sur quelques apports
théoriques concernant la place de l'ordinateur dans les
enseignements, la construction de savoirs et la production de textes
; ainsi que sur une proposition de démarche pédagogique
pour produire un hyperdocument en classe s'appuyant sur l'expérience
acquise par des enseignants du bassin d'éducation
Roubaix-Tourcoing participant au projet pédagogique " Le
cahier électronique des Cybermômes de l'agglomération
roubaix-Tourcoing " mis en place, dans le cadre du dispositif
"Hypernaute", depuis la rentrée scolaire 1995.
II.
Caractéristiques d'un hyperdocument
A.
Distinguer multimédia et hypermédia.
Le terme
"multimédia" est sémantiquement impropre à
la définition d'un document consultable sur un
micro-ordinateur. En fait ce type de document est "uni-média"
dans la mesure où il est stocké sur un seul type de
support (support numérique) et consultable sur un seul type
d'appareil (le micro-ordinateur). Le terme "multi-modal"
serait plus approprié pour indiquer que ce type de document
fait appel à plusieurs sens (essentiellement la vue et l'ouie,
pour l'instant)
Le multimédia : Ce
concept fait référence à l'interaction
"homme/machine".
Il pourrait être défini
comme le phénomène socio-techno-culturel résultant
de la fusion de l'ordinateur, de la télévision, de la
chaîne Hi-fi et du téléphone dans une
configuration matérielle unique.
Il peut être utile
de compléter cette analyse des évolutions techniques
par une réflexion sur les mutations sociales qui pourraient
être à l'origine de ce nouveau média. Dans cette
perspective, on peut se poser la question suivante : le multimédia
répond-t-il à de nouveaux besoins ou à de
nouvelles conceptions sociales ?
Tout d'abord, il est possible
d'analyser l'émergence de ces nouveaux médias comme un
nouvel avatar des techniques de marketing des industriels qui
chercheraient à créer de nouveaux besoins de
consommation.
Il est aussi possible de penser que nos sociétés
auraient besoin de nouveaux modes de transmission des connaissances.
Si on considère les grands médias audiovisuels
populaires, et leur ordre d'apparition historique, on constate une
évolution dans les modes de consommation de l'information :
-
Cinéma ¦ collectif
- Télévision ¦
familial
- Micro-ordinateur ¦ individuel
Ces évolutions techniques récentes sont à l'origine de mutations sociales importantes. Nous assistons à une nouvelle "révolution industrielle". Les Technologies de l'Information et de la Communication sont actuellement le marché qui a la plus forte croissance. L'information sera le "pétrole" du prochain millénaire : en recevoir, en produire, mais surtout en diffuser, seront de nouvelles sources de pouvoir. De véritables empires s'édifient actuellement : les annonces de fusions ou de disparitions d'entreprises renforcent le sentiment que ce marché sera particulièrement vital. Il semble (aujourd'hui) qu'il soit difficile de trouver une alternative entre une conception libérale qui présente l'avènement de la "société de l'information" comme un nouveau modèle économique ; et une conception libertaire qui propose l'intelligence collective et le travail collaboratif pour construire la "société cognitive".
hypermédia ou hyperdocument : Ce concept fait référence à l'interaction "homme/connaissance".
Nous pouvons définir l'hyperdocument comme un dispositif informatique permettant de gérer des masses documentaires.
Il découle directement du
concept d'Encyclopédie Permanente Universelle (Permanent World
Encyclopaedia) imaginé, en 1936, par l'écrivain H. G.
Wells dans "World brain".
L'idée est reprise par
Vannevar BUSH dans l'article "As we may think" paru en
juillet 1945. BUSH était le directeur de l'office américain
de recherche et de développement scientifique. Il désirait
créer une machine multimédia à base de
microfilms, dans laquelle il aurait pu stocker toute sorte de
documents, aussi bien des livres que des enregistrements. Son
système, appelé Memex (nom obtenu par la concaténation
de "memory extender"), avait pour objectif de permettre au
spécialiste d'une discipline de suivre l'évolution de
la recherche sans être submergé par l'information, ni
dépassé par les difficultés à y accéder.
Le Memex n'a jamais vu le jour faute de technologie appropriée.
Douglas ENGELBART, connu pour avoir développé
l'environnement informatique qui nous est désormais familier
(menus, fenêtres multiples, souris, etc) développe dès
1963 le système NLS (oN Line System). Il s'agit d'une base de
fragments de texte de structure hiérarchique, contenant
l'ensemble des documents d'un groupe de recherche, ou d'une équipe
de projet. Des systèmes de filtres permettent à chaque
utilisateur d'avoir une vue individualisée de la base de
données partagées. L'objectif de Douglas ENGELBART est
d'utiliser l'ordinateur pour augmenter les capacités de
l'intellect et de l'intelligence des organisations. Il insiste sur la
nécessité de développer des environnements de
travail collaboratif (le "groupware") intégrant des
fonctionnalités de courrier électronique, de rédaction
collective, ou encore de téléconférence.
Teodor
NELSON invente les termes d'hypertexte et d'hypermédia, en
1965, pour décrire son système (Xanadu), qui partait du
principe que tout document devait être relié à
l'ensemble des documents auxquels il faisait référence,
mais aussi à ceux qui lui font référence. Ce
système était prévu pour fonctionner en réseau
(plates-formes SUN). Le préfixe "hyper" est issu du
vocabulaire scientifique, et désigne quelque chose d'étendu,
de généralisé.
En 1967, à Brown
University, Van DAM présente le premier dispositif
informatique permettant d'éditer des hypertextes : HES
(Hypertexte Editing System). Peu après, il développera
FRES (File Retrieval and Editing System) qui dispose d'une fonction
de recherche.
Bill Atkinson, le père du logiciel
Hypercard, propose des concepts qui renouvellent l'approche de la
discipline informatique : la programmation événementielle
et la possibilité de travailler en " WYSIWYG (what you
see is what you get) " la création des hyperdocuments
donnent une nouvelle vision de la programmation. Hypercard peut être
considéré comme une des premières implantations
grand public du concept d'hypertexte. Ce logiciel a été
distribué, dès 1987, à tout acquéreur
d'un ordinateur Macintosh d'Apple.
C'est en 1989 que le World
Wilde Web, la toile d'araignée mondiale, le réseau de
réseaux, fut créé, à Genève, à
l'initiative de Tim BERNERS-LEE. Le réseau devait d'abord être
utilisé au sein du Centre d'Etudes et de Recherches
Nucléaires. Il devait permettre d'échanger les
recherches et les travaux en cours dans l'organisation, alors même
que les membres du CERN étaient installés dans des pays
différents.
L'espace de communication créé
par la généralisation du concept de l'hypertexte et la
mise en réseau des ordinateurs à l'échelon
planétaire constitue le cyberespace. Selon Pierre LEVY, le
projet de la cyberculture est l'intelligence collective.
A l'école, ce sont bien des hyperdocuments que nous allons construire avec les élèves.
B. Définition
fonctionnelle d'un hyperdocument.
L'hypertexte désigne
un mode de gestion de l'information dans lequel cette dernière
est représentée sous la forme de blocs de textes ou
unités d'information, appelés noeuds. On parle
d'hypermédia lorsque les noeuds contiennent non seulement du
texte mais aussi des images, fixes ou animées, des graphiques,
ou des séquences sonores. Les unités d'information sont
connectées entre elles par des liens. Le principe de
consultation d'un hyperdocument est toujours le même : à
l'intérieur du document, une action à l'aide de la
souris sur une zone sensible de l'écran appelée ancre
(une chaîne de caractères, une image ou une partie
d'image, un "bouton", etc) provoque l'affichage d'une
nouvelle unité d'information.
Un hyperdocument réunit
sur un même support trois "couches" d'information :
une base documentaire, une organisation de l'accès à
ces documents (souvent appelée "navigation") et
enfin une interface graphique. Cette définition, qui n'est pas
forcément celle qu'on retrouve dans les médias ou dans
la littérature, a l'avantage d'être fonctionnelle. Elle
permet de se poser les questions principales lors du choix d'un
cédérom du commerce ou de la sélection d'un site
Web :
1. Les documents (les médias).
Quels sont les documents disponibles, sont-ils pertinents à
mes objectifs ? La réflexion sur les documents devrait être
menée discipline par discipline, dans une approche didactique,
il serait bon que la base documentaire soit composée de
documents authentiques, et d'éviter les reconstitutions. En
fonction du type d'information, le média (texte, son, image
fixe ou animée) est-il pertinent ? N'y a-t-il pas, ici ou là,
accumulation de médias, sans volonté réelle de
tirer la quintessence de chacun de ces médias ? (Souvent,
l'effet de mode entraîne un usage non pertinent de la vidéo.)
2. La navigation (le
scénario).
Comment les documents sont-ils organisés
? Quel chemin faut-il emprunter pour y avoir accès ? Ce chemin
est-il judicieux ? Cette navigation permet-elle d'accéder à
l'information selon différents médias ? La logique
d'accès aux documents devrait être paramétrable
par l'utilisateur, ou du moins ne pas remettre en cause les
possibilités d'individualiser les accès à
l'information (cette condition est rarement remplie par les cédéroms
du commerce : cheminement figé, absence d'outils de
traitement).
3. L'interface (ce
que l'utilisateur voit à l'écran).
L'ergonomie
cognitive de l'interface correspond-elle aux attentes ou aux
conceptions de l'utilisateur ? Est-elle lisible ? Va-t-elle l'aider à
se faire une représentation du réseau de connaissances
de la base et des divers liens ? Cette interface graphique est-elle
signifiante ? Par signifiante, il faudrait au moins pouvoir
s'accorder sur la nécessité d'une interface
esthétiquement et sémiologiquement cohérente qui
s'appuie sur les habitudes des utilisateurs (souvent aussi
téléspectateurs ou utilisateurs de jeux vidéo).
Cette définition présente l'avantage de bien anticiper sur les différentes étapes par lesquelles il faudra passer avec les élèves pour produire un hyperdocument : il faudra d'abord constituer des documents, puis les organiser et enfin les mettre à disposition d'un public à travers une interface.
III.
Analyse des compétences :
A. Les
compétences liées à la production
d'écrits.
Créer un hyperdocument, c'est
présenter de l'information. Une part très importante de
ce travail repose sur la production d'écrits. Pour élaborer
l'hyperdocument les élèves vont d'abord créer
des documents destinés à être imprimés
pour assurer une base de connaissance commune à toute la
classe. Cette tâche nécessite de nombreuses phases
d'écriture et de réécriture.
Par la suite,
la "mise en écran" des différentes
informations imposera une reformulation du contenu des documents "mis
en pages" pour le présenter en plusieurs écrans.
Cela occasionnera un travail particulier de transformation de textes
: réduction pour certains écrans (écrans
d'accueil présentant la synthèse d'un thème
étudié), parfois expansion pour d'autres (écrans
d'information donnant la définition d'un mot). Dans la mesure
où les élèves ont ici une maîtrise
partagée du contenu informatif (élaboré au cours
des séquences précédentes), ce travail de
reformulation par transformation d'énoncés permet de
focaliser directement leur attention sur l'expression écrite.
Il s'agit là d'un travail dynamique, essentiellement centré
sur la grammaire des textes. Pleine de sens, en rupture avec les
activités d'analyses grammaticales souvent artificielles et
statiques, cette tâche motive directement la maîtrise de
la langue en général et l'expression écrite en
particulier.
Ainsi, toutes les compétences mises en jeu dans la production d'écrits sont développées dans le cadre de la production d'un hyperdocument, dans la mesure où les élèves doivent produire puis transformer des énoncés. En fait, la création d'un hyperdocument est un moyen de donner un sens à toutes les activités destinées à apprendre à écrire "en français".
B. Les autres
compétences mises en jeu dans la production de
l'hyperdocument.
Il serait faux de penser qu'il existe des
compétences spécifiquement développées
par la production d'un hyperdocument. En fait, cette pratique, qui
est à classer dans les activités de communication,
permet un travail transversal, disciplinaire et interdisciplinaire.
En cela elle favorise le développement d'un grand nombre de
compétences.
1. Les compétences
disciplinaires favorisées par la production de
l'hyperdocument.
Les compétences disciplinaires se
trouvent essentiellement dans le domaine de la langue.
a)
Langue orale.
A de nombreuses reprises, le maître
favorise les confrontations de travaux et des échanges oraux
entre les élèves (à l'intérieur des
groupes et entre les groupes) ainsi les élèves sont
amenés à questionner, répondre, expliquer,
justifier, argumenter
b) Lecture.
Pour se
documenter, les élèves adoptent différentes
modalités de lecture, notamment, savoir choisir entre lecture
intégrale ou sélective pour trouver de l'information
sur des supports de lectures variés (ouvrages "papier"
ou supports numériques).
c) Ecriture.
En
fonction de l'équipement informatique disponible, les élèves
pourront utiliser le traitement de texte dès le premier jet et
à chaque réécriture.
d)
Vocabulaire.
Dans un hyperdocument, il est possible de
créer un lien à partir de chaque mot pour en donner une
définition (lien lexical) ou pour rapprocher deux idées
(lien sémantique). Ainsi, des activités comme la
recherche de définitions précises de mots,
l'utilisation du dictionnaire (cédérom et "papier"),
la mémorisation et la réutilisation d'un vocabulaire
précis, prennent tout leur sens.
e)
Orthographe.
Afin de rendre les élèves plus
autonomes dans la production d'écrit, le maître leur a
appris à utiliser des fichiers (listes de mots invariables,
fiche "mémo" pour le vocabulaire spécifique),
des dictionnaires ("papier" ou intégré dans
le traitement de texte), des tableaux de conjugaison pour vérifier
l'orthographe et se corriger.
f) Grammaire.
Quand
cela est possible, la banalisation de l'usage du traitement de texte
favorise l'essai de nombreuses transformations de phrases, des
connecteurs et des substitutions selon l'axe paradigmatique (cf.
p19 : travail sur le texte de Nora).
Bien souvent, en fonction du sujet d'études, la création d'un hyperdocument apparaît comme étant au service d'autres disciplines : l'histoire, la géographie, l'éducation civique, les sciences et technologies...
2. Les compétences
transversales favorisées par la production d'un hyperdocument
:
a) Attitudes :
Construction de la personnalité,
acquisition de l'autonomie et apprentissage de la vie
sociale.
L'élève affirme ses choix et ses goût
esthétiques ; il peut les expliciter et les faire partager ;
il développe sa créativité. Il se montre
inventif, curieux de toutes formes d'art, désireux d'acquérir
des repères culturels.
Désir de connaître
et envie d'apprendre.
Dans cette activité de classe,
l'élève a été amené, dans des
situations de recherche et de réflexion, à émettre
des hypothèses, faire des choix, contrôler ses réponses.
Ces compétences ont été développées
dans des situations variées et complexes.
b) Compétences
méthodologiques :
Méthodes de travail
L'élève
apprend à organiser son travail personnel (préparer un
exposé, organiser ses documents et ses outils de travail) et à
présenter son travail avec rigueur, clarté et précision
(notamment grâce à l'usage du traitement de texte ou
d'un logiciel de dessin vectoriel).
Traitement de
l'information
En fonction de ce qu'il doit consulter pour se
documenter, l'élève apprend à lire un graphique
simple, un plan, une carte, un schéma, un tableau ; à
expliquer les étapes essentielles d'un texte ; à
sélectionner des informations utiles ; à analyser un
document simple et en préciser quelques traits
caractéristiques
L'élève apprend, aussi
bien à l'oral qu'à l'écrit, à exposer
l'information recueillie, argumenter, être capable de
communiquer ses démarches.
L'élève utilise l'ordinateur pour une recherche simple de documentation ou pour la mise en forme des résultats d'un travail simple.
IV.
Apports théoriques
A.
Quelle place donner à l'ordinateur à l'école
?
Trop souvent il
est attribué aux TICE le pouvoir de "moderniser" les
pratiques enseignantes...
Mais aucune technologie ne sera jamais
porteuse d'innovation pédagogique : si innovation il doit y
avoir, elle ne peut être que dans le pilote, pas dans l'avion.
L'ignorance des technologies de l'information et de la
communication dans la remise en question de l'école, constitue
"une forme de cécité irresponsable sur le plan
professionnel" (TARDIF, 1998). Mais, selon Jacques TARDIF, il ne
faut pas imaginer que nous puissions leur trouver une juste place à
l'école, sans la prise en compte de la complexité de
l'apprentissage. Pour l'enseignant, l'enjeu n'est certainement pas
d'intégrer la technologie à l'école coûte
que coûte. Son attention doit avant tout être focalisée
sur la nécessité de toujours mieux répondre aux
besoins de formation de ses élèves. La spécificité
de l'école étant l'activité cognitive, c'est
avec cette préoccupation qu'il faut donner du sens à
l'usage des technologies de l'information et de la communication à
l'école. Robert BIBEAU (Coordonnateur à l'édition
éducative dans Internet, au Ministère de l'Education du
Québec) prolonge cette réflexion : <<Que
l'on discoure de l'intégration de l'ordinateur en classe ou de
l'implantation de l'autoroute électronique à l'école,
dans les deux cas le véritable problème n'est pas
d'intégrer ces technologies à l'école ou à
la classe, mais de réformer et de moderniser la pédagogie
à l'aide de ces technologies, afin que le système
éducatif réponde mieux aux besoins de formation.>>
(BIBEAU , 1997)
La spécificité de l'école
étant l'activité cognitive, c'est avec cette
préoccupation qu'il faut donner du sens à l'usage des
technologies de l'information et de la communication à
l'école. Pour Robert BIBEAU, il est urgent d'accompagner les
enseignants dans une révolution copernicienne : l'élève
(l'apprenant) est "le" centre du système scolaire.
Pour cela, il est nécessaire de dépasser un
environnement pédagogique axé sur l'enseignement, pour
inventer un environnement pédagogique axé sur la
construction de connaissances. Les sciences cognitives définissent
le savoir comme étant <<ce qui fait sens pour
l'apprenant>> . Ainsi, le savoir est-il présenté
comme le résultat d'un processus interne, complexe, dynamique
et individuel de construction de connaissances.
Cette démarche
professionnelle doit impérativement prendre appuis sur l'état
actuel de la recherche en éducation. Voir le tableau qui
synthétise les idées développées par
Robert BIBEAU dans son essai "L'élève rappaillé".
Rester dans une approche
behavioriste, profiter de la présence de l'ordinateur pour
renforcer des pratiques issues de l'enseignement programmé,
c'est vouloir utiliser l'ordinateur à l'école pour
simplement faire plus vite ce qui a déjà fait la preuve
de son inefficacité en matière d'apprentissage.
Autrement dit, la présence de l'ordinateur dans des activités
de classe ne permet pas systématiquement d'affirmer qu'il y a
innovation (de la part de l'enseignant), ou apprentissage (de la part
de l'élève) : L'agitation du mulot n'est pas
nécessairement la marque de l'agitation du bocal (de
l'enseignant, comme de l'élève).
Plus qu'un tuteur
"intelligent" au service de l'enseignement programmé,
l'ordinateur doit être perçu comme un outil qui peut
aider l'élève à formaliser sa pensée.
Ainsi, cet outil pourrait trouver une place plus pertinente à
l'école, dans des activités d'apprentissage qui
confrontent l'élève à la complexité
plutôt que de le cantonner dans des tâches mécaniques
très souvent parcellaires et donc vides de sens.
Un autre point est à prendre
en compte pour éviter de profondes méprises sur
l'apport du phénomène multimédia dans
l'éducation. S'il est certainement vrai que la construction de
l'intelligence est favorisée par une exposition à une
grande variété de stimuli, encore faut-il en maîtriser
les dosages :
- D'une part, tout ce qui est multimédia,
tout ce qui bouge à l'écran n'est pas nécessairement
enrichissant pour l'apprenant car textes, images et sons obéissent
chacun à des logiques de perceptions différentes.
-
D'autre part, de récents travaux sur les capacités de
mémorisation des élèves suivant les types de
supports documentaires (LIEURY, 1998) permettent d'affirmer qu'un
mélange mal contrôlé risque de perturber
fortement l'apprentissage.
Enfin les technologies numériques ne doivent pas nous faire oublier que la construction de savoir est un travail qui ne peut être accompli que par l'apprenant lui-même. En effet, de nombreuses théories considèrent l'apprenant comme un agent actif responsable de la construction de ses propres connaissances, perçoivent des connaissances comme un construit social et l'environnement de formation comme un facilitateur des processus individuels et sociaux. Autrement dit : L'apprenant est le seul à pouvoir apprendre, mais paradoxalement, il ne peut pas bien le faire tout seul. Il n'y a que lui qui peut développer ses stratégies d'apprentissages, mais en même temps, pour être renforcées, ces stratégies ont toujours besoins d'interactions avec les autres (avec des pairs et/ou des experts). Le rôle d'un formateur est d'initier, d'organiser, de planifier ces interactions nécessaires à l'apprentissage, car le savoir est une construction collaborative et sociale. Sa construction se fait essentiellement par la médiation du langage.
Nous pensons que l'utilisation des
TIC (notamment des réseaux informatiques) et la construction
d'hyperdocuments peuvent favoriser des processus dynamiques donnant
la priorité à la construction de méthodes
(travail individuel et en équipe) pour permettre au sujet de
s'approprier des connaissances et de construire ses savoirs.
Les
TIC offrent des contextes de collaboration et de dialogues, elles
sont un moyen (et non un but) d'enseignement et de formation :
Ce
sont ces considérations qui, dans le cadre du dispositif
Hypernaute, motivent " le cahier électronique des
Cybermômes de l'agglomération Roubaix-Tourcoing "
B. Suffit-il de surfer
pour apprendre ?
L'idée que pour apprendre, il suffit
d'aller sur Internet semble se répandre. L'école
serait-elle obsolète ? A un journaliste qui lui affirme que le
savoir est maintenant sur le Web, Philippe MERIEUX répond : "
Qu'est-ce que le savoir ? Le rôle du professeur ne consiste pas
à uniquement délivrer de l'information ! L'enseignant
est justement là pour aider les élèves à
distinguer ce qui relève des faits objectifs et ce qui tient
de l'opinion. La multiplication des accès à
l'information par Internet pose donc d'autant plus la nécessité
d'un apprentissage du discernement. " (MERIEUX , 2001)
Nous
constatons bien souvent que les mots "information" ,
"connaissance" et "savoir" sont employés
de manière interchangeable, alors qu'ils ne sont pas
synonymes. Jean Pierre ASTOLFI en donne des définitions qui
les distinguent clairement :
- L'information est
extérieure au sujet, elle est stockable, quantifiable et
circulante. L'information appartient au domaine de l'objectivité.
-
La connaissance est le fruit intériorisé de
l'expérience individuelle de l'élève. La
connaissance appartient au domaine de la subjectivité, elle
peut rester informulée et informulable en tant que telle ;
elle tisse des liens étroits avec l'affectif, le social, les
valeurs, le désir
- Le savoir, lui, résulte
d'un processus d'objectivation de la connaissance : il est construit
par le sujet au travers d'une formalisation théorique,
moyennant l'élaboration d'un langage approprié.
(ASTOLFI , 1992)
Ces précisions permettent de mieux percevoir les enjeux : l'accès à plus d'information n'est pas la condition suffisante d'une meilleure formation. En fait, il ne s'agit pas simplement d'accéder à l'information, mais bien d'établir autant de ponts sémantiques ou lexicaux que possible entre des noeuds d'information. Sans cela, ils demeurent des savoirs en miettes. Dans un hyperdocument, les noeuds d'information sont autonomes, et c'est le "butineur" qui doit comprendre (construire) la cohérence des liens au fur et à mesure de sa navigation. Par un travail intellectuel, il va établir des connections entre les noeuds d'information. Cette capacité constitue la marque qui distingue l'expert du novice. Elle indique aussi tout le travail à accomplir par l'apprenant. Cette aptitude prend une importance particulière à un moment où l'écart entre la somme d'informations accessibles et ce qui peut être mémorisé s'accroît considérablement. Il faut donc impérativement doter l'élève d'outils intellectuels solides afin qu'il puisse : identifier, repérer, sélectionner, évaluer, organiser, traiter et communiquer de l'information.
Effectivement, en même temps qu'il l'énonce, l'apprenant prend conscience de sa connaissance. Sa production, si modeste soit-elle, est l'un des meilleurs moyens pour le formateur de vérifier le transfert de la connaissance en savoir, même si l'élève n'y formalise qu'une partie de sa connaissance. Le triangle "information" , "connaissance" et "savoir" est dynamique : le résultat du travail intellectuel permettant d'objectiver la connaissance en savoir devient une information compréhensible pour les autres, dès qu'elle est exprimée. C'est bien par le langage que l'apprenant construit ses savoirs.
C. Comment
apprendre à écrire en français, avec ou sans
ordinateur ?
La maîtrise de la langue est
stratégique et transdisciplinaire dans la construction des
savoirs. Notre sujet étant l'intérêt de produire
des hyperdocuments, il est nécessaire de nous intéresser
plus particulièrement à l'expression écrite.
1. Quels sont les
avantages liés à la production sur micro ordinateur ?
-
dissocier production écrite et calligraphie
- faciliter la
révision de texte (réécriture, reformulation)
-
permettre à l'élève d'avoir un travail toujours
propre (valorisant)
- motiver les élèves
(fascination de l'objet, qui devient un objet social)
Au delà de ces quelques
avantages, il n'y a rien de particulièrement probant.
En
fait, le vrai problème pour l'enseignant est de mettre en
place et de gérer des situations dans lesquelles les élèves
vont réellement apprendre à travailler la production
d'écrits. La présence ou non de l'ordinateur ne change
rien au problème.
2. Comment déclencher
(propulser) l'écriture ?
Bien que nous ne soyons pas
encore capable d'identifier finement pourquoi, tous les collègues
ayant proposé à leurs élèves d'écrire
à l'aide d'un ordinateur constatent une motivation surprenante
qui semble favoriser la production.
Il semble que malgré leur motivation, les élèves ne réussissent pas toujours à avoir une bonne représentation du travail ou des situations qui leur sont assignés. Cela peut les empêcher de se mettre en activité, ce qui compromet tout apprentissage. Il est nécessaire de donner du sens à toute activité de production.
En fonction du support choisi et des destinataires, il faut bien présenter aux élèves les enjeux de communication, ainsi que la spécificité du type de communication liée à chaque support. Il semble important, par exemple, de bien faire distinguer par les élèves les types de communications que l'on peut trouver dans un journal d'école et sur un site Web d'école. Le journal d'école s'adressant à une communauté (affective) de proximité, il pourra parfois contenir des anecdotes mettant en scène des personnes connues de cette communauté de proximité. Sur le Web, l'éloignement avec les destinataires potentiels doit avoir pour effet d'éliminer plus ou moins toute marque affective, pour privilégier l'information. Ainsi, le même événement pourra être traité différemment suivant s'il est présenté dans le journal d'école ou sur le site Web de l'école.
Il nous semble d'ailleurs essentiel qu'un site Web d'école soit pensé comme un service d'information en ligne, plutôt que comme une "carte de visite" qui finalement n'intéressera personne.
3. Que faire de
l'erreur de l'enfant ?
Il est important de garder la trace des
"brouillons". Si l'élève travaille
directement sur traitement de texte, il faut privilégier le
"enregistrer sous" afin de bien garder toutes les étapes
par lesquelles est passé l'enfant, en veillant à en
conserver la chronologie. Cela donne la mobilité psychique et
mentale de faire des choix dialectiques : il sera possible à
tout moment de faire machine arrière pour repartir dans une
autre direction, à partir d'une étape précédente.
Nous sommes tous d'accord avec l'idée qu'il ne faudrait pas considérer l'erreur comme une faute, mais plutôt comme le symptôme d'un dysfonctionnement ou d'une mauvaise représentation de l'élève. En même temps, tout en reconnaissant la valeur centrale de l'erreur, nous nous sentons généralement très démunis en termes de stratégie, pour aider l'enfant à réécrire son texte : bien souvent les erreurs sont multiples et de nature très différentes dans le même texte. De plus, suivant le niveau de l'élève et en fonction de ses performances attendues, la même production pourra être perçue comme une relative réussite ou comme relativement décevante, ce qui conditionnera la nature de l'intervention du maître auprès de l'élève.
Plusieurs codages (gras, italique)
sont évoqués, pour indiquer à l'élève
la nature des erreurs trouvées par le maître dans son
texte. Mais, en fait, travailler l'orthographe, la grammaire, la
conjugaison ou le vocabulaire, c'est important, mais ce n'est pas
l'essentiel si l'objectif est réellement d'apprendre à
écrire
La mode pédagogique qui a fait de l'étude
du schéma textuel un objet d'enseignement semble être,
elle aussi, une impasse. Cette typologie, basée sur une
analyse de textes achevés, ne permettrait qu'à très
peu d'élèves d'apprendre à écrire : seuls
les élèves ayant déjà une certaine
maîtrise de la langue écrite en tirent réellement
profit.
De plus, les textes officiels manquent cruellement de clarté : l'apprentissage de l'expression écrite n'y est pas réellement traité
4. Qu'est-ce qu'apprendre
à écrire ?
Pour lui apprendre à écrire,
il faut aider l'élève a passer du monde du vécu
(de la mémoire) au monde de l'irréalité qu'est
le monde de l'énoncé. Sur un plan didactique, les
tâches scolaires qui sont associées à la
production écrite sont des plus complexes : le but de la tâche
n'est pas déterminé d'entrée, il est posé
au départ en termes généraux et doit se préciser
au fur et à mesure que le travail avance ; de multiples
solutions sont possibles pour répondre aux objectifs fixés
; de nombreuses connaissances doivent être mobilisées et
coordonnées. Entre le moment où l'enfant est capable de
comprendre un texte d'un type d'énoncé et le moment où
il est capable de produire un texte du même type, le décalage
peut être très long.
Avant la mise en texte, il est fondamental que chacun ait une bonne représentation de la situation de communication (destinataire, but, enjeu, objet précis de la communication) et du produit fini (justification du choix du type de produit fini, allure générale, choix du matériel).
Nous pensons qu'il est important que le contenu soit précisé très clairement à l'oral par une négociation entre les élèves (avec l'accord du maître), il est fondamental que toutes les représentations possibles puissent être évoquées et discutées. Les grandes lignes (les incontournables) et le lexique spécifique à l'objet de la communication seront notés sur des supports qui resteront disponibles en permanence (affiches, ou fiches "mémo"). Ainsi, le travail porte principalement sur la reformulation (syntaxique et lexicale) et le maître peut être d'autant plus exigent sur la correction formelle que les élèves sont déchargés du scénario. Il est cependant important de proportionner la charge de travail aux capacités des élèves. Ainsi, même au cycle 3, au moment du premier jet, il sera peut être nécessaire pour certains élèves de faire travailler l'énonciation d'abord dans l'oral, ensuite en dictée à l'adulte, puis en écriture autographe. Pour Jean Hébrard ("Produire des textes", 1998), il judicieux de proposer comme étape intermédiaire, le texte dicté à l'adulte car, contrairement à la lecture, c'est bien une expérience de production. On y fait découvrir aux enfants comment un texte se construit progressivement, se formule, s'organise, se commence et s'achève.
Pour la grande majorité des
élèves, s'assurer qu'ils ont accès à des
textes ou des documents de référence compréhensibles
(car déjà étudiés), des réservoirs
de formules, de mots, d'exemples peuvent être suffisants.
Ainsi, en fonction des possibilités de l'élève,
l'intervention du maître se fera d'avantage sous la forme d'un
dialogue, afin de l'aider dans sa production. La première
priorité est que l'enfant puisse au moins se relire. Nous
proposons que dans cette étape, ce soit le maître qui
fasse le toilettage du texte (au besoin en le corrigeant lui-même
en présence de l'enfant), afin de dépasser les
révisions de surface, pour s'attaquer au véritable au
coeur du problème : Comment apprendre à écrire
"en français" ?.
Ecrire, c'est produire quelque
chose qui a une logique interne d'énoncé :
o il y a
un début et une fin
(stabilité, équilibre)
o
les phrases sont reliées entre elles
(connecteur,
syntaxe)
o chaque phrase apporte de l'information
(éviter
les redondances)
o il y a une permanence du thème
(cohérence, ne pas être hors sujet)
o il y
a une progression thématique
(le thème et le
rhème : "de quoi on parle ?", "qu'est-ce qu'on
en dit ?").
Les propositions de révision suggérées par le maître seront toujours multiples, afin que l'élève soit amené à faire lui-même les bons choix, à prendre les bonnes décisions. Il est certain que l'utilisation du traitement de texte facilite grandement la révision du texte, si l'élève peut en profiter, il vivra ces étapes avec moins d'appréhension (le maître aussi).
Régulièrement, des élèves seront sollicités afin qu'ils indiquent au reste de la classe, l'état d'avancement de leur travail, et surtout les stratégies qu'ils ont dû (ou qu'ils comptent) mettre en uvre pour réussir. Il est important que l'évaluation de la pertinence des stratégies soit débattue au niveau du collectif classe, dans la mesure où c'est par cette confrontation que chaque élève pourra déterminer et/ou justifier les stratégies qui lui correspondent le mieux. Afin que cette séance reste intéressante, on aura intérêt à moduler sa durée en fonction de la capacité des élèves à s'écouter les uns et les autres, et à respecter les règles concernant la prise de parole.
V. Proposition d'une démarche pédagogique pour produire un hyperdocument en classe.
Avertissement :
Nos
propositions sont plutôt adaptées au cycle 3, cependant,
elles peuvent certainement être adaptées pour les autres
cycles de l'école primaire.
Principe général :
Il
nous semble intéressant de concevoir la production d'un
hyperdocument comme une occasion de reformulation de savoir. Aussi
proposons-nous deux phases (qui peuvent se chevaucher dans le temps)
: l'une consiste à élaborer le contenu informatif, ce
qui assurera une base de connaissance commune du sujet par tous les
élèves de la classe ; l'autre concernera l'organisation
et les relations entre les noeuds d'information, ce qui permettra la
confrontation des représentations des élèves et
l'objectivation des connaissances en savoirs.
A. Elaborer le contenu
informatif
Les élèves de la classe
sont partis en reportage. Certaines activités ont été
filmées. Les élèves ont participé à
des activités. Ils ont visité. Ils ont fabriqué.
Ils ont étudié.
En classe, l'exploitation de ce
temps va donner lieu à un travail particulier sur le compte
rendu.
1. Comprendre la
situation de production :
Définir les paramètres de
la situation de production.
En début de séance,
le maître rappelle l'intention d'apprendre à faire un
compte rendu.
Avant que les élèves ne réalisent
leur premier jet, il leur impose un temps de réflexion afin de
s'assurer que les élèves comprennent bien ce qu'ils
vont devoir réaliser, en leur demandant de préciser :
destinataires, but, enjeu, objet précis de la communication.
L'enjeu de cette phase est que les élèves perçoivent le lien entre ces paramètres et le document à produire. Tous les éléments mis en évidence constituent paramètres de la situation de production, ils seront notés sur une affiche qui servira de référence à toutes les étapes de la production.
Au cours de l'échange,
différents thèmes apparaissent comme particulièrement
intéressants : ils constitueront les entrées possibles
dans le thème à étudier.
Dans un premier
temps, les élèves vont tous travailler, en même
temps, toutes les entrées retenues pour l'étude du
thème : il nous a semblé qu'à ce niveau une "
spécialisation " trop rapide des élèves
pouvait nuire à une compréhension globale du thème
d'étude. Cette connaissance générale est aussi
nécessaire pour que l'esprit critique des élèves
puisse s'exercer réellement au moment des ultérieures
confrontations des différentes étapes de la production.
2. Produire des
énoncés
a) Mettre en mots le premier jet
individuel.
Pendant cette phase d'écriture
individuelle, le maître aide à la formulation, il invite
l'élève à relire ce qu'il a écrit. Comme
ici la priorité est que l'écrit soit au moins lisible,
quand ce toilettage paraît hors de portée de l'élève,
le maître procède lui-même à cette
correction, en intervenant dans le texte, sous le contrôle de
l'élève.
b) Confronter les
premiers jets individuels.
Les textes sont lus et confrontés.
Dans un premier temps, il s'agit de repérer les similitudes et
les différences. Cela permet d'identifier certains éléments
précis : oublis, répétitions, vocabulaire,
manque d'information, compréhension.
Tout ne peut être traité en même temps : le maître doit faire des choix. Le travail de réécriture va nécessiter plusieurs séances.
c) Se documenter et
élaborer des fiches lexiques
Progressivement, il devient
nécessaire de définir les éléments
importants correspondant à chaque thème. Les élèves
ont besoin de se documenter.
Le maître suggère aux
élèves d'organiser leurs notes dans des fiches
contenant les mots et les actions spécifiques et/ou
importants.
Les élèves comparent ce qu'ils ont noté
sur leur fiche. Le maître favorise la confrontation, aide au
toilettage orthographique et à la reformulation. Il s'assure
que ce qui est écrit est compris par chacun des membres du
groupe. Une synthèse peut être élaborée
sous la forme d'une affiche.
3. Créer des
documents en vue d'alimenter la base de connaissance
a) Trier
les illustrations
Depuis le début de l'étude du
thème, le maître aura pris soin de stocker toutes les
illustrations glanées ici ou là par les élèves
(et par lui-même). Confrontés à de nombreuses
illustrations (photographies, schémas, graphiques, dessins),
les élèves trient, puis retiennent celles qui leur
semblent correspondre à leurs besoins. A la fin de la séance,
les élèves confrontent leur choix.
Remarque
concernant les droits d'auteurs :
Les documents créés
par les élèves en vue d'alimenter la base de
connaissance restent des documents internes à la classe, ils
ne seront pas publiés tels quels. Dès que cette phase
d'étude sera terminée, et que la phase production
commencera, il deviendra impératif pour le maître de
s'assurer qu'il dispose bien des droits d'exploitation concernant
toutes les sources utilisées. Les droits d'auteurs (et droits
voisins) s'appliquent à toutes les oeuvres de l'esprit - art.
L 112-2 du Code de la propriété intellectuelle - quels
qu'en soient le genre, la forme d'expression, le mérite ou la
destination. Ils s'appliquent aux oeuvres successibles d'être
utilisées sur un site Web et s'imposent pleinement aux
utilisateurs même en cas d'exploitation à des fins
pédagogiques.
b) Créer les
illustrations
Maintenant que les élèves ont
déterminé les illustrations nécessaires pour la
réalisation des documents, il est opportun de mener (en
parallèle avec la création des documents) un travail
particulier sur la création d'illustrations originales qui
permettront de mettre en avant des éléments perçus
comme essentiels pour la compréhension du thème étudié.
A cette occasion, il conviendra de distinguer : dessins (qui pourront
être la reproduction de photographies), schémas et
graphiques (qui pourront être créés à
l'aide d'un tableur/grapheur). Pour tout ce qui concerne les travaux
réalisés " à la main " par les élèves,
nous recommandons de travailler sur des grands format qui seront
réduits après avoir été numérisés
à l'aide d'un scanner. La réduction permettra ainsi
d'augmenter la qualité des tracés de ces travaux.
Au
delà de l'intérêt pédagogique de ce
travail de création graphique, il est à noter que cette
étape permet aussi de s'affranchir des contraintes liées
à la protection droits d'auteurs, dans la mesure où
ainsi les illustrations deviennent des oeuvres originales dont la
propriété n'appartient plus à des personnes
extérieures à la classe.
c) Créer les
documents
Au cours de cette séance, le maître
attirera l'attention des élèves sur la lisibilité
du document et l'apport d'information. Il s'agit de questionner les
élèves sur les difficultés liées à
l'organisation de la page, mais aussi de faire prendre conscience du
statut de l'image dans un contenu informatif : tenter de dégager
des critères prenant en compte l'esthétique et la
lisibilité d'une part, mais aussi les rapports entre le texte
et l'image (redondance ou complémentarité).
B. Concevoir
l'hyperdocument
Avant d'aborder cette étape,
il est nécessaire que les élèves aient
l'habitude de fréquenter des hyperdocuments à caractère
documentaire (en ligne ou hors ligne), qu'ils appréhendent
facilement les possibilités de navigation dans un
hyperdocument.
1. Définir les
enjeux de communication liés à la création de
l'hyperdocument
Avec les élèves, il s'agit de
lister les éléments qui caractérisent la
production d'un hyperdocument.
a) Avantages :
*
diversifier les sources d'information (texte/image fixe/son/image
animée).
Il est important d'expliquer aux élèves
que cet avantage n'est réel que s'il s'agit de créer un
hyperdocument qui sera consulté "hors ligne" (sur un
support de type cédérom, par exemple), et qu'il faudra
le pondérer dans le cas d'une production destinée à
être consultée "en ligne" (par le réseau
Internet, par exemple), compte tenu des débits effectifs sur
les réseaux distants et par souci du destinataire. En fait,
pour le compte rendu sur la classe de neige, nous nous limiterons à
l'utilisation de textes et d'images fixes.
L'une des
caractéristiques essentielles par rapport au journal d'école
sera la possibilité de créer des documents en couleurs,
et de faire l'économie des consommables (encre et papier).
b) Défauts :
*
Il est possible que peu d'élèves de la classe disposent
d'un ordinateur chez eux, ils ne pourront pas garder une trace
personnelle de leur travail : il faut donc prévoir d'imprimer
tous les écrans pour constituer un document "papier"
en couleur qui sera l'album souvenir de chaque élève.
*
Il est possible que la plupart des parents et des élèves
des autres classes de l'école ne soient pas équipés
: il faudrait (par exemple) prévoir de les inviter pour
consulter l'hyperdocument dans la classe.
c) Définir un
public :
Bien entendu, les élèves conviendront
rapidement que si leur hyperdocument était compréhensible
par d'autres enfants, il le serait pour des adultes et que leur cible
prioritaire seront des élèves d'autres classes.
d) Définir un
genre :
Il est important que les élèves
comprennent que le site d'école aura une diffusion publique
beaucoup plus large que le journal d'école et donc qu'il est
nécessaire de garder une certaine distance affective. Ceci
permet de réaffirmer le caractère documentaire du
compte rendu à produire : la priorité, c'est donc
d'apporter de l'information lisible par tous.
2. Concevoir et
scénariser le projet
a) Organiser l'information
Ce
travail d'investigation a déjà été décrit
plus haut, nous ne revenons pas en détail sur toutes les
étapes qui ont permis aux élèves :
-
la collecte et le classement des documents : textes, photos, films
-
le tri des documents en fonction de la ligne rédactionnelle et
de la pertinence du media.
- l'organisation des
différentes informations, maquettes et rédaction
d'articles.
b) Elaborer un
synopsis
Pour réussir cette étape, il est
impératif que les élèves aient consulté
des encyclopédies sur cédéroms et des sites Web,
pour isoler les invariants inhérents aux hyperdocuments en
ligne.
Ceci permet l'élaboration collective d'un synopsis,
puis d'identifier les unités d'information.
En confrontant
leurs fiches documentaires, les élèves mettent en
évidence les noeuds d'information, il s'agit de passer d'un
document "papier" à une série d'unités
d'informations qui constitueront les écrans du futur
hyperdocument : un écran d'accueil pour chaque thème et
les écrans d'information qui s'y rapportent.
Au fur et à mesure que les élèves identifient les unités d'information à créer, il devient nécessaire de donner une représentation du futur hyperdocument : un premier organigramme est défini collectivement.
c) Créer le graphe
de l'hyperdocument.
Au fur et à mesure de la
réalisation des unités d'information, dans chaque
groupe, les élèves constituent une proposition de
graphe. Les liens sont matérialisés à l'aide de
ficelles : ils relient les ancres (surlignées en jaune) aux
écrans correspondants. Progressivement, le graphe complet
prend forme au fond de la classe. Chaque unité d'information,
chaque lien est l'objet d'une argumentation destinée à
en justifier la présence.
d) Prévoir les
écrans d'accueil
Dans chaque groupe, l'élaboration
de l'écran d'accueil est une étape particulièrement
intéressante, car cet écran doit être une
synthèse du thème. Sa conception implique de prévoir
les ancres nécessaires pour déclencher l'affichage des
unités d'information qui leur correspondent.
Nous l'avons
déjà évoqué, mais il semble important ici
de repréciser que ce travail de reformulation du contenu des
documents "mis en pages" occasionne un travail particulier
de transformation de textes. L'élaboration des écrans
d'accueil est l'occasion d'un travail d'expression écrite
particulier :
- certains écrans présentent la
synthèse d'un thème étudié, il s'agit
essentiellement d'un travail de réduction de texte.
-
autres écrans doivent contenir impérativement des mots
(ou des chaînes de caractères) qui permettront de
déclencher des liens vers d'autres informations. Dans ce cas,
les élèves auront à utiliser une liste de mots
définie à l'avance pour rédiger le paragraphe.
Dans la mesure où les élèves
ont ici une maîtrise partagée du contenu informatif
(élaboré au cours des séquences précédentes),
ils sont déchargés de la recherche du thème et
peuvent se focaliser exclusivement sur le style. Ainsi, il sera
possible de confronter des productions qui ne diffèreront que
par les compétences concernant la maîtrise de la langue
mise en oeuvre par les élèves (ici essentiellement en
grammaire). Cela offrira un contexte particulièrement
judicieux pour le maître d'introduire et de travailler des
compétences peu ou mal maîtrisées par les élèves.
A ce moment précis, l'usage du traitement de texte permet
effectivement de rendre encore plus dynamique ce travail de
transformation, en permettant aux élèves de produire
très rapidement de nombreuses versions d'un même
paragraphe.
En situation, ce travail dynamique (très
différents des activités d'analyses grammaticales
traditionnelles) motive directement la maîtrise de la langue en
général et l'expression écrite en particulier.
e) Organiser
graphiquement chaque écran
Pour pouvoir défini
une charte graphique (couleur des fonds de chaque écran,
taille des caractères, position des éléments de
navigation), il est nécessaire que les élèves
consultent suffisamment d'hyperdocuments pour en isoler les principes
caractéristiques.
Ensuite, les élèves
préparent les éléments graphiques qui vont
composer de chaque écran (boutons, pictogrammes,). Suivant les
besoins, ces objets pourront être créés dans un
logiciel de dessin vectoriel, ou créés (dessins,
collages,) sur de grandes feuilles au format A4, puis numérisés
et réduits.
Ce travail de création plastique est un moment très important pour la qualité esthétique et l'originalité de l'hyperdocument. Quand le travail sera en ligne, il sera important qu'il puisse être identifié d'un coup d'il comme un travail de classe. Il est important de rappeler que faire créer la totalité des illustrations par les élèves permet aussi de s'affranchir d'un grand nombre de contraintes liées à la protection droits d'auteurs, dans la mesure où ainsi les illustrations deviennent des oeuvres originales dont la propriété n'appartient plus à des personnes extérieures à la classe.
f) Montage
du projet
Cette étape est intégralement
prise en charge par l'adulte, à l'aide d'un éditeur
HTML (logiciel permettant de réaliser des fichiers lisibles
sur le Web), elle s'est parfois déroulée en présence
de petits groupes d'élèves, afin qu'ils comprennent le
principe de la création des liens essentiellement.
VI. Conclusion
L'ordinateur est un outil de
production : restreindre son usage à l'école uniquement
à la consultation, c'est apprendre à lire sans
apprendre à écrire, c'est pourquoi notre objectif est
d'en faire un support d'apprentissage par lequel l'élève
peut exprimer ses savoirs.
La technologie n'est pas en
elle-même porteuse d'intelligence. Si on admet l'idée
qu'un enfant n'apprend pas en écoutant mais en faisant et qu'
"enseigner, c'est proposer des situations d'apprentissage"
plus que "transmettre des connaissances", le rôle de
l'ordinateur à l'école est autant dans la création
que dans la consultation. L'ordinateur est alors un outil de
production au service de l'imagination et de la créativité
des élèves comme des enseignants. La richesse de ses
fonctions multimédias ouvre des voies nouvelles de réflexion,
d'expression et de traitement de l'information.
Cependant, ne nous
leurrons pas. Si la production peut être un objectif pour
l'élève, elle n'est qu'un moyen pour le maître.
Celui-ci pourrait d'ailleurs choisir parmi toute une palette de
supports pour organiser cette reformulation par ses élèves
: exposé oral, exposition sous forme de panneaux, article pour
le journal d'école ou le quotidien local ; réalisation
d'un vidéogramme, d'une borne interactive, d'un site web
etc... L'important, c'est que l'activité ait un sens pour
l'élève et qu'elle se déroule dans une situation
de communication qu'il comprend.
Etre ou ne pas être sur
Internet, ne différencie pas la publication. Ce n'est pas là
que se situe la spécificité de produire un
hyperdocument, même si l'usage des moyens d'édition
électronique constituent <<au moins un
encouragement puissant à écrire aussi bien que l'on est
capable>>. L'avantage du numérique est qu'il est
généralement plus facile à manipuler, <<avec
la sécurité d'obtenir à tout moment un résultat
propre et valorisant>>, comme le précisait déjà
la circulaire n° 87-160 du 11 juin 1987 , toujours d'actualité.
Considérer l'hypertexte comme un outil de réflexion sur nos propres pratiques de lecteur ou d'apprenant semble être une approche très pertinente. Katell BRIATTE étudie les liens qui associent la création d'hyperdocuments et les modes de construction et d'appropriation des savoirs : <<Les créations d'hyperdocuments peuvent à leur tour être investies dans une pratique pédagogique axée sur la construction sociale de connaissances, impliquant une nouvelle relation formateur/formé/document : Le formé se trouve désormais dans une situation telle qu'il a à sa disposition, potentiellement, les mêmes sources d'information que le formateur. Mais ce qui les sépare encore, c'est la capacité qu'ils ont à exploiter et à comprendre ces informations, autrement dit à expliciter les relations existant entre elles. En présence d'un fait ou d'un texte, le formateur met en uvre, consciemment ou non, un certain nombre de stratégies, utilise un certain nombre d'indices. C'est tout cet ensemble de métaconnaissances que le formé, en général, ne possède pas.>> (BRIATTE ,1997)
Dans ce projet de production, l'une
des étapes fondamentales pour la construction des
connaissances est l'élaboration du graphe de l'hyperdocument.
Il a été construit en fond de classe directement sur un
grand panneau. Les élèves y ont installé des
feuilles représentant tous les écrans du document à
réaliser. Puis, ont été matérialisés
les liens entre les écrans à l'aide de ficelle et
d'adhésif. A l'aide d'un surligneur, ont été
mises en évidence les zones sensibles de l'écran (une
chaîne de caractères, une image ou une partie d'image,
un bouton, etc.). Tout lien pouvait être retenu, pourvu qu'il
constitue un pont sémantique ou lexical entre deux noeuds
d'information. La construction du graphe s'est étalée
sur plusieurs semaines. Durant cette période, il n'était
pas figé, toute nouvelle information pouvait en modifier
l'allure. Ceci a permis de faire émerger, et de confronter les
représentations mentales des élèves, par des
échanges collectifs.
Comme nous l'avons déjà
spécifié, ce travail aurait pu être fait avec le
support d'autres médias, mais ceux-ci obligent finalement à
faire des choix, afin de ne pas nuire à la compréhension
du message : éviter la multitude d'encadrés ou de
grisés d'un article de journal, réduire le nombre de
ruptures de la linéarité d'un film, restreindre
l'éparpillement de l'information sur les panneaux d'une
exposition... Par contre, il n'y a, a priori, pas de limite au nombre
de noeuds d'information et de liens dans un hyperdocument. Chaque
représentation peut être énoncée et doit
être justifiée. Ce qui favorise tout autant la
communication interpersonnelle qu'intrapersonnelle. En effet,
l'échange permet à chacun de reprendre à son
compte les éléments développés par les
autres, dans une démarche d'analyse/interprétation : la
connaissance se construit individuellement, par intégration de
nouveaux concepts à son propre réseau cognitif.
Nous
étions convaincus que la richesse d'un hyperdocument était
en grande partie liée à la diversité des
représentations concernant un même concept : nous avions
donc tout intérêt, pour des raisons autant qualitatives
que didactiques, à en favoriser l'émergence le plus
possible. A posteriori, il nous semble que le sujet d'étude
comportait malheureusement trop peu de concepts disciplinaires pour
vérifier cette conviction.
Finalement, la création d'un hyperdocument apparaît comme une tâche que l'on peut classer dans les activités de maîtrise de la langue. Il s'agit d'une activité interdisciplinaire qui permet de développer également des compétences disciplinaires et transversales. Sa spécificité est certainement de favoriser l'organisation et la structuration des connaissances : permettre à l'élève de rendre sa connaissance du monde intelligible aux autres. En cela, elle est un prétexte à l'analyse des représentations, à la confrontation et à la reformulation de savoirs. C'est l'occasion pour l'élève d'objectiver les processus cognitifs qu'il a mis en oeuvre et de pratiquer des activités métacognitives.
--
Jean HEUTTE
Conseiller TICE,
Cellule formation continue du 1er degré
Bassin d'éducation Roubaix-Tourcoing
Site Ressources pour l'éducation et la formation : http://netia59.ac-lille.fr/Ref